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HYMNE A.V.F Composition: Laurence POTTIER

BULLETIN N° 62 - Juillet 2009

 

Evènementiel

 

 
 

 

LE VEXIN EN DEUIL

 

Décès de Jacques DUPÂQUIER le 23 juillet 2010 

 

Notre ami Jacques DUPÂQUIER, Président d’honneur fondateur des Amis du Vexin français et membre de la SVS depuis une trentaine d’années est mort le 23 juillet 2010 dans sa 89èmeannée. Il était né à Sainte-Adresse le 30 janvier 1922.

Nous savions sa santé déclinante mais sa puissance vitale et ses capacités intellectuelles demeurées intactes nous laissaient espérer qu’il surmonterait une fois encore de douloureuses atteintes physiques. Il n’en a pas malheureusement été ainsi.

Si sa notoriété est celle du brillant historien, initiateur de la démographie historiqueAcadémicien des sciences morales et politiques et Directeur d'études à l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Jacques DUPÂQUIER était avant tout pour nous l’amoureux passionné du Vexin français pour la reconnaissance et la sauvegarde duquel il mena avec succès un combat permanent dans un engagement infatigable. Son action, soutenue par nos associations, a été déterminante dans la création en 1996 du Parc Naturel Régional du Vexin Français. Sa connaissance des paysages, des architectures, du monde agricole, toujours magistralement éclairée par son immense culture historique et géographique, était unique. Sa disponibilité liée à sa puissance de travail a constitué pour nous une source exceptionnelle d’informations et de transmission de savoir.

Jacques DUPÂQUIER était un homme d’engagement et un "résistant". Depuis ce 11 novembre 1940, ou jeune étudiant il remonta, avec plusieurs milliers d’autres étudiants,  les Champs-Elysées, narguant l’occupant, pour aller manifester devant la tombe du Soldat inconnu, ne craignant pas de s’exposer aux Allemands qui ouvrirent le feu en fin d’après-midi, Jacques DUPÂQUIER s’est toujours investi pour faire triompher des causes concernant nos sociétés. Ce sont ses convictions altruistes qui l’ont toujours guidé du marxisme à la démographie historique et à la reconnaissance de l’identité culturelle, géographique et sociale du Vexin.

 

Nul mieux que Pierre STREET, un des nôtres dans le combat associatif de sauvegarde du Vexin, qui fut l'élève en culottes courtes du Professeur DUPÂQUIER, pour devenir ensuite son ami, n’était apte à parler de lui, comme il l’a fait en l’église de Gisors, dans un hommage tout en sensibilité et émotion.

 

HOMMAGE  à JACQUES DUPÂQUIER

Mercredi 28 Juillet 2010

lors de  la Messe de requiem

Église Saint Gervais et Saint Protais

GISORS

 

C'est  en 1946 que je fis la connaissance de Monsieur le Professeur DUPÂQUIERqui, à l'époque jeune enseignant,prenait son premier poste au Collège Municipal de garçons de Pontoise devenu le Collège  Jean-Claude CHABANNE.

Très pédagogue mais exigeant,  il avait à cœur de nous inculquer l'histoire et aussi la géographie. Dès l'abord on sentait qu'il voulait faire autre chose que ses prédécesseurs. Il était pour  une pédagogie novatrice  et active et la mettait en application. C'est ainsi, par exemple, que  voulant créer un nouveau cadre pour ses élèves,  il leur fit repeindre les murs de la classe quelque peu vieillis depuis 1903! Dans un domaine plus conventionnel  il a l'idée, nouvelle pour l'époque, de faire réaliser par ses élèves une carte géographique en relief du Vexin. Après les travaux de groupe, vinrent les études de cas sur le terrain.  C'est dans cet esprit que, pour nous initier à la météorologie moderne, il  nous emmène à la station de relevés météorologiques du camp d'aviation de Cormeilles en Vexin  et que, pour nous montrer la fabrication du sucre, il nous fait visiter l'usine "Alcool-levures" de St Ouen l'aumône. Autre illustration active d'un cours de géologie : sous sa conduite nous allons à Cormeilles en Parisis visiter les carrières de gypse Lambert ...

C'était, pour nous ses élèves, le retour aux sources, à cette école de la vie déjà mise en application par Frédéric RIEDERà l'École Alsacienne dès 1875.

En 1946, nous vivions une époque difficile: nous sortions juste du rationnement que la guerre avait  imposé et notre jeune professeur, je l'ai su plus tard, sortait lui aussi de ce douloureux conflit avec un passé de résistant, ce qui l'avait obligé  à  interrompre ses études  pour aller trouver refuge dans une mine de Lorraine et fuir un Paris désormais  trop dangereux pour lui.

Brillamment entreprises quoique ne répondant pas  à  ses idées premières - il aurait voulu faire une école scientifique - ses études s'en sont trouvées quelque peu perturbées. Avec acharnement et persévérance, il gravira par la suite tous les degrés universitaires avec brio.

A Pontoise il habitait non loin du collège. Cette proximité, sa gentillesse et sa générosité, ont permis à plus d'un pensionnaire rentrant plus tard que prévu le dimanche soir à l'internat, de trouver un gîte pour la nuit et de différer au lendemain la rentrée dominicale.

A ma sortie du collège en 1952, j'emportais avec moi le souvenir d'un professeurdynamique, pédagogue, exigeant mais juste, grâce auquel j'avais acquis mes premiers rudiments d'histoire et de géographie. Ce que j'ignorais alors, c'est que nos destins allaient se croiser à nouveau pour se rejoindre  définitivement.

Vers 1985, mû par la curiosité et le plaisir de revoir un enseignant dont j'avais gardé un excellent souvenir, j'assistais à une conférence que celui-ci donnait sur l'évolution de la population française entre 1800 et 1900.  Le jeune professeur DUPÂQUIERavait fait place à Monsieur DUPÂQUIER, directeur de  l'École des Hautes Études en Sciences Sociales. 

A l'issue de cette conférence, brillante et passionnante, je me risquai à l'approcher et à me présenter  à lui. Il marqua une joie réelle  à retrouver un de  ses anciens potaches et après quelques banalités sur nos parcours respectifs, il m’enrôla littéralement à la Société Historique et Archéologique de Pontoise  ainsi qu'àl'Association des Amis du Vexin Françaisqu'il avait fondée en 1967 avec Adolphe CHAUVIN, alors sénateur-maire de Pontoise, et d'autres amoureux du Vexin. La création de cette association avait pour ambition de corriger  les orientations de l'Administration de l'époque sur le Vexin, telles qu'elles étaient prévues dans le cadre du premier schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme de la région parisienne.

Les années passant, il gardait ses convictions : son Vexin, il le défendait alors en compagnie de Roland VASSEURet de son épouse qui, eux aussi, avaient parcouru  le plateau vexinois pour en identifier le patrimoine historique et architectural, les ressources  et les sites naturels dans le but de les préserver et de les valoriser.

L'association des Amis du Vexin Français prospérait, et les contacts nombreux avec les collectivités locales et l'Administration évitèrent bien des décisions dommageables, voire irrémédiables.

Ce Vexin, que je connaissais un peu pour y avoir fait quelques balades étant plus jeune, il le faisait partager à ses nombreux amis et savait leur en montrer toutes les facettes. Son enthousiasme et son énergie étaient communicatifs et nous étions tous bien décidés  à le seconder de notre mieux  dans son action. Sachant reconnaître les vertus du travail collectif, il savait mettre son amitié personnelle au service de causes semblables: c'est ainsi que parmi les diverses associations qu'il convia à rejoindre les Amis du Vexin Français, il aida au développement de La Sauvegarde de la Vallée du Sausseron. Grâce à lui, toutes ces actions collectives sont toujours d'actualité.

C'est à cette époque que les événements se précipitèrent : la disparition brutale de Roland VASSEUR, suivie de celle de son épouse, amena Monsieur DUPÂQUIERà la tête des Amis du Vexin Français. Consécration pour cet homme de devoir et de conviction, le Parc Naturel Régional du Vexin Français  fut créé, long aboutissement de démarches où sa capacité de convaincre fit merveille. S'il ne fut pas le seul - de nombreux Responsables associatifs et politiques l'avaient aidé - nul doute qu'il n'en ait été l'élément essentiel. Mais s’il en a éprouvé une légitime fierté, il ne l'a jamais montré. Il avait su rester simple dans le succès, ainsi qu'il l'avait toujours été.

Pour couronner une longue carrière universitaire, jalonnée de travaux originaux relatifs à la démographie historique, Monsieur  DUPÂQUIER, qui avait  fondé le laboratoire dédié  à cette spécialité, fut élu en 1996 à l'Académie des Sciences Morales et Politiques où il occupa le siège de Jean-Baptiste DUROSELLE.

 C'est alors que, sans doute nostalgique de son vieux collège, il me demanda d'y organiser une réunion amicale à l'occasion du cinquantième anniversaire  de son entrée dans l'Enseignement. A cette occasion il y retrouva, au milieu de ses amis, certains de ses  anciens élèves  parmi lesquels, oh  instant inoubliable, l'un d'eux devenu lui aussi Membre de l'Institut.

L'intérêt que Monsieur DUPÂQUIERportait à ses anciens élèves ne se démentit jamais; il était d'ailleurs Président d'Honneur de l'Association des Anciens Élèves des Lycée et Collège  de Pontoise. Lors de sa réception  à la Sorbonne pour la remise de l'épée il parla d'eux longuement, en leur présence, car il les avait invités.

Jacques voulut bien m'honorer de sonamitié.C'est ainsi qu'à l'issue de nos réunions de travail  dominicales, nous étions accueillis chaleureusement  par Paule, son épouse, et pouvions alors poursuivre la discussion à sa table. Sa conversation était sobre et élégante. Sa mémoire prodigieuse, son talent d'historien et son érudition sans égal, nous tenaient sous le charme.

Les années passant ,  Jacques DUPÂQUIERdemeurait  un homme infatigable: il continuait ses travaux à la Société Historique de Pontoise, aux Amis du Vexin Français, à la Sauvegarde de la Vallée du Sausseron, et  à l'Académie.

Il s'était fixé un objectif et il l'avait atteint. C'est alors qu'il décida de quitter la Présidence de la Société Historique de Pontoise en 2005 ; puis , pour la même raison, il quitta  celle de l'Association des Amis du Vexin Français en 2007. C'est entre ces deux événements que les premières atteintes du mal qui devait l'emporter apparurent. Il garda néanmoins son énergie intacte, assistant  à  nos réunions et prenant part à nos débats. Récemment encore, il s'était élevé contre l'implantation des éoliennes dans son cher Vexin, estimant qu'elles le défigureraient.

Le Vexin aujourd'hui est en deuil et le PNR est orphelin.

A sa famille et à ses amis, j'adresse du fond du cœur toutes mes pensées de sympathie et de profonde amitié.

Et à toi Jacques, je te rappelle cette chanson que tu as apprise aux Scouts de France: 

"Ce n'est qu'un au-revoir, mon frère"

Pierre STREET

27 juillet 2010

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